Des années 1970 à aujourd'hui
La diversification des façons de collecter
Aujourd'hui
   
   

• Yann ha Chann


• C'est une dame de Paris


• Un tammig em es ur galon dies


• Derrière de chez mon père, l'y a un pommier doux



 




 

Des gazettes sur cassettes aux radios associatives
C'est en 1978 que René Richard lance à Lanrivain Kazetenn ar Vro Plinn , c'est-à-dire la  Gazette du pays Plinn . L'idée consiste à réaliser et commercialiser chaque mois des cassettes en langue bretonne dans le but de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas. Evidemment, chanteurs et sonneurs traditionnels y occupent la place qu'il convient.

Peu de temps après, Yann Le Meur crée, sur le même principe,  Kazetenn ar Menez , qui couvre les pays de Châteauneuf-du-Faou et du Huelgoat. Suivent les créations de Kazetenn ar Vro Dreger  pour le Trégor, Kazetenn an tri c'hanton  pour les cantons de Gourin, Le Faouët et Langonnet. Bientôt, ces quatre associations se regroupent au sein de l'ARCOB, l'Atelier régional de communication orale de Bretagne. Pour la plupart déjà férus de collectage, l'action de ces jeunes passionnés va au-delà d'objectifs à court ou moyen terme, en constituant au fil des « numéros » la mémoire d'un peuple. A leur manière, ils font aussi œuvre de collecteurs de contes, de chants, airs à danser, etc.

Quand l'ARCOB voit le jour, on approche de 1981 et de l'ouverture des ondes aux radios locales. Yann Le Meur, René Richard et Gaby Kerdoncuff saisissent aussitôt l'occasion pour monter une radio associative, non commerciale, en Centre-Bretagne : Radio Kreiz Breizh commence à émettre en 1984, un an après Radio Bro Gwened, station du même type. Mais d'autres radios associatives fonctionnent déjà, telles Radio Bro Vigouden (qui arrêtera en 1987) ou Radio Pays de Vilaine (qui arrêtera aussi vers 1987). Toutes ont une dimension culturelle importante, s'intéressant aux modes d'expression traditionnels, en breton, en gallo, en français. Ce sera aussi le cas d'une des premières radios décentralisées de Radio France, Radio Breizh Izel, née en 1982 et basée à Quimper, où Daniel Jequel, entre autres, fera un important travail de terrain pour des émissions liées au chant et aux savoirs-faire.

De cette époque, mis à part les radios d'Etat décentralisées, il ne reste plus que Radio Kreiz Breizh et Radio Bro Gwened. Cette dernière peut s'enorgueillir de posséder aujourd'hui environ 2000 heures de témoignages de gens du Vannetais, dont plus de 300 heures consacrées au chant et un certain nombre d'autres à des concours de musique sonnée. Ces témoignages (recueillis de 1988 à 2001 par Monique Le Boulc'h et maintenant par Louis Connan) outre qu'ils apportent une belle moisson de chants, offrent un autre intérêt : celui d'entendre raconter les diverses occasions de danser, de chanter, de conter, etc. d'autrefois de la bouche même de ceux qui les ont vécues.

Radio Breiz Breizh a fait le même type de travail depuis ses débuts, mené entre autres par Hervé Le Bec pendant de nombreuses années. Ce sont aussi des centaines d'heures liées aux pratiques musicales, tant sonnées que chantées, qui ont été conservées.

Depuis peu, de nouvelles radios associatives ont vu le jour, telles Radio Kerne (basée près de Quimper) ou Arvorig FM (basée à Commana) qui partagent les mêmes objectifs que leurs aînées.

Reste toutefois la question du traitement de ces archives pour les rendre accessibles au public, car cela constitue un travail de fourmi, qui a déjà commencé pour Radio Bro Gwened. Le problème du financement de ces opérations reste entier.

Les veillées
Depuis peu d'années est apparue ou réapparue une forme de collectage au caractère très convivial et festif, la veillée, type d'assemblée qui renvoit à l'une des occasions de rencontre d'autrefois après le travail de la ferme, entre les familles du voisinage. Occasions de collectage, mais surtout occasions de transmission directe entre les générations, ces veillées peuvent prendre des formes diverses, plus ou moins ouvertes au public.

C'est semble-t-il, Dastum bro Dreger qui a relancé fortement les veillées (ou beilhadegoù en trégorrois) à partir de 1997. De l'automne au début du printemps, une à deux par mois sont organisées, chaque fois dans des communes différentes. Parfois, ce sont près de 30 personnes, anciens et jeunes, qui montent sur scène pour chanter, conter ou sonner devant plusieurs centaines de personnes. Bien sûr, Dastum Bro Dreger enregistre toutes les interventions. Cette mémoire est mise ensuite à disposition du public pour ceux qui désirent approfondir ou engager une démarche de réappropriation de la culture traditionnelle.

Dans le Vannetais, les filaj  redémarrent aussi depuis quelques années. Elles avaient déjà connu leur heure de gloire entre 1955 et 1962, sous l'impulsion de Jude Le Paboul, organisées l'hiver dans les fermes du pays de Baud, dans le but d'apprendre airs à danser, chants et contes. Dans le même esprit, des associations de Languidic, Plouay, Melrand ou Auray en font à nouveau, certains enregistrant la totalité des soirées. L'association Dastum Bro Ereg n'est pas en reste, puisqu'elle organise quelque neuf filaj en automne et en hiver, dans un but d'animation de proximité et de collectage.

En Centre-Bretagne, c'est en 2000 que Dastum Kreiz Breizh a remis les veillées à l'honneur, modestement cette années-là, puis cinq l'automne-hiver 2001-2002, à chaque fois en partenariat avec d'autres associations du pays (Paotred an Dreujenn Gaol, Radio Kreiz Breizh...). On compte en général, par soirée, de 10 à 15 intervenants qui, évidemment, sont enregistrés. Dastum Kreiz Breizh compte doubler le nombre des veillées en 2002-2003, c'est-à-dire une dizaine.

Quant à l'association Dastum Bro Leon, elle a impulsé le même type de veillées en 2001. Le bouche à oreillle aidant, le public et les intervenants se sont étoffés : une occasion de révéler bien des talents cachés ou d'aider les plus jeunes à faire leurs premières armes. Là aussi, il y a une volonté de développer la formule.

En Haute-Bretagne, ce genre d'assemblée n'est pas encore monnaie courante semble-t-il dans sa partie nord (est des Côtes d'Armor et Ille-et-Vilaine, à l'exception des veillées du café « Chez Léone », à Bovel, mises sur pied une fois par mois par l'association l'Epille). Par contre, en Loire-Atlantique, l'association Dastum 44 en organise de l'automne jusqu'en mai dans diverses communes en partenariat avec des associations locales. Huit sont prévues pour la saison 2002-2003, y compris à Nantes même.

Les concours
L'apparition un peu partout en Bretagne de nombreux concours, tant sonnés que chantés ou contés, depuis les années 1970, constitue autant d'occasions de collectage.

Les concours les plus importants, comme le Kan ar Bobl à Pontivy, la Bogue d'Or à Redon ou le Championnat de Bretagne des sonneurs de couple à Gourin, donnent lieu à une quantité d'éliminatoires qui sont intéressantes. Même si un certain nombre de participants n'offrent pas une qualité d'interprétation suffisante pour les sélectionner, par contre ils peuvent apporter un répertoire peu connu, la variante d'un chant ou d'un autre.

Parmi les concours les plus réputés, on trouve, entre autres, la Truite du Ridor à Plemet, la Gallésie en Fête à Monterfil ou le Trophée Per Guillou à Carhaix. La plupart sont enregistrés tous les ans et ce depuis de nombreuses années.